AC : Conséquences de la dissémination de l’argent dans l’environnement (Université de Toulouse)

Cet article est tiré de la thèse de Madame SAULOU. D’autres articles écrits en anglais abordent ce sujet, mais nous ne sommes qu’au début de la nanotechnologie et personne ne sait réellement les conséquences néfastes sur l’environnement et sur les êtres vivants.

Je cite :

L’utilisation croissante de produits contenant des nanoparticules d’argent peut conduire à un relargage massif dans l’environnement, notamment les milieux aquatiques (impact sur les poissons, invertébrés, phyto- et zooplancton, algues) et les sols (effets potentiellement néfastes sur les bactéries et les plantes).

Une étude écotoxicologique, réalisée sur des poissons-zèbres, a démontré une accumulation des nanoparticules d’argent (5-46 nm) dans les tissus des embryons à chaque étape du développement, conduisant soit à une croissance normale soit à des déformations, voire même à la mort des poissons, en fonction de la quantité de nanoparticules présentes (Lee et al., 2007).

La concentration critique déterminée par ces auteurs est égale à 5 mg/L, ce qui correspond à une valeur très élevée par rapport aux niveaux détectés à l’heure actuelle dans les milieux aquatiques. De plus, les ions Ag+ sont toxiques pour les poissons car ils inhibent l’activité branchiale (Panyala et al., 2008).

D’autres travaux ont été réalisés sur des invertébrés (crustacés, bivalves) : les ions Ag+ affectent les fonctions de croissance et de reproduction. Toutefois, en eaux douces ou dans le milieu maritime, les ions Ag+ se complexent avec les ions Cl-, SO42- et S2-, formant des précipités très peu solubles. Par conséquent, la biodisponibilité de l’argent est fortement réduite.

Les nanoparticules d’argent provoquent une réduction de la viabilité cellulaire de bactéries du sol, comme par exemple les bactéries dénitrifiantes, qui jouent un rôle majeur dans la fixation de l’azote, l’élimination des nitrates, la dégradation des composés organiques et l’établissement de symbiose avec les plantes (Panyala et al., 2008).

Ces bactéries sont également présentes dans les usines de traitement de l’eau et l’altération de leur activité par les nanoparticules d’argent provoque des effets négatifs sur l’ensemble de l’écosystème (Choi et al., 2008). Les nanoparticules peuvent provenir d’origines très diverses. Par exemple, Benn et al. (2008) ont montré que des ions Ag+ et des nanoparticules d’argent (diamètre : 10-500 nm) étaient libérées lors du lavage de trois types de chaussettes commerciales sur les six testés, avec au passage une perte des propriétés antimicrobiennes et anti-odeurs, malgré la revendication publicitaire.

Les eaux de lavage sont ensuite évacuées vers les stations d’épuration. Selon les tests réalisés en laboratoire par Benn et al. (2008), ces stations sont capables d’éliminer la totalité des particules libérées et même une concentration 3000 fois supérieure. Néanmoins, dans ce cas, la concentration d’argent dans les boues résultant du traitement des eaux usées serait telle (5 mg/L) qu’elle empêcherait leur épandage agricole.

Un problème identique se pose avec les lave-vaisselle et les lave-linge libérant des ions Ag+ dans les eaux. Ceci a provoqué de nombreuses protestations concernant leur commercialisation aux Etats-Unis et en Europe et entraîné le retrait de ces équipements de la vente dans certains pays.

Pour démontrer que le débat sur la question est très loin d’être clos, il faut souligner que d’autres études prônent l’absence d’effets réellement néfastes des nanoparticules sur l’environnement terrestre et aquatique. Ainsi, Mueller et Nowack (2008) ont modélisé les flux de nanoparticules d’argent évacués dans les eaux usées suisses, afin d’estimer les quantités libérées dans l’environnement.

Leurs prévisions montrent que les quantités de « nano-argent » seraient égales à 4,4.10-3 μg/m3 dans l’air, 0,08 μg/L dans l’eau et 0,1 μg/kg dans le sol, en cas d’émissions importantes. Ces concentrations restent très inférieures aux seuils de toxicité et les auteurs concluent que les risques sont faibles pour les écosystèmes terrestres et aquatiques, dans l’hypothèse où les boues de stations d’épuration ne sont pas disséminées sur les sols.

Toutefois, ces chercheurs ont pris en compte dans leurs calculs uniquement les flux de nanoparticules et ont omis la présence additionnelle d’argent sous forme ionique relargué par d’autres voies, qui peut également engendrer une pollution importante. De même, Blaser et al. (2008) ont estimé les quantités d’ions Ag+ libérés par les nanoparticules présentes dans les textiles et les plastiques. Ils ont conclu que les quantités devraient être 10 à 100 plus importantes que les valeurs prédites pour entraîner des conséquences néfastes sur le fonctionnement des stations de traitement de l’eau. Néanmoins, ils n’excluent pas un effet sur les écosystèmes aquatiques, dû à l’enfouissement du « nano-argent » dans les sédiments et à son relargage ultérieur. Là-encore, l’étude restreinte à un domaine d’application ne permet pas d’appréhender la problématique dans toute sa globalité.

Fin de citation

On sait depuis longtemps que l’argent à une certaine dose peut être néfaste pour animaux, l’être humain supporte des quantités plus importantes.


Les vues présentées sont les miennes et peuvent évoluer sans qu’il soit nécessaire de faire une mise à jour dans l’article même. Il se pourrait que j’apporte des rectifications ou évolutions dans l’avenir dans un autre article, si de nouveaux éléments viennent contredire mes propos. Les articles présentés ne constituent en rien une invitation à suivre aveuglement.

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