AC : Le Protargol, de quoi s'agit-il ?

Je vous avais promis de parler du Protargol dans l’article « Argyrie 6 : décoloration des yeux due à l’argent suite & fin ». D’après « La Collection de Précis Médicaux » éditée en avril 1919 qui se trouve => ici, voici la définition :

Je cite

C’est un protéinate d’argent. Il se présente sous la forme d’une poudre d’un jaune clair, assez facilement soluble dans l’eau. Il a été préconisé par Neisser pour le traitement des urétrites à gonocoques.

Fin de citation

D’après cette information donnée dans le document cité ci-dessus, le Protargol n’est pas de l’argent électro-colloïdal comme nous connaissons aujourd’hui. Par conséquent, dans l’article des chercheurs italiens (voir l’article que je référence ci-dessus), lorsqu’ils évoquent les dangers de l’argent colloïdal et le Protargol, il ne s’agit pas d’argent colloïdal pur.

D’ailleurs, dans la publication « Du Protargol et de son emploi en oculistique, par le Dr Lucien Girard« , il est question clairement de sels d’argent.

Je cite :

Page 8,

… si bien que l’on peut admettre que, de tous les sels d’argent essayés, le Protargol est celui qui dans l’organisme perd le moins de sa concentration par des précipités insolubles.

Page 9,

… le Protargol est une combinaison de protéine et d’argent, qui renferme 8.3% d’argent métallique, proportion supérieure à celles que renferme l’argentamine (6,35%) et l’argonine (4%).

Page 12,

Les solutions de Protargol employées cliniquement possèdent un pouvoir désinfectant supérieur à celui des solutions correspondantes de nitrate d’argent, de l’argentamine et de l’argonine, car les suspensions (Aufschwemmungen) des microbes cités ci-dessus sont tués plus rapidement par le Protargol que par les autres sels d’argent.

Fin de citation

En fait, le dénominateur commun entre tous les sels d’argent, c’est le métal d’argent lui-même, j’ai plutôt le sentiment qu’à cette époque, on ne savait fabriqué que des composés d’argent. D’ailleurs, en ayant lu un peu de l’histoire médicale à l’aide du livre du Dr. O. Becker, ce dernier confirme que ce qui prédominait à l’époque dans la profession médicale, c’était l’aspect chimie. autrement dit, la vie n’était que le résultat de réactions chimiques et rien d’autres, depuis, la communauté scientifique a fort heureusement évolué. Il semblerait que la fin du XIXème et début XXème siècles ont permis de s’intéresser aux différents types de composés ou sels d’argent (voire d’autres métaux) pour leurs aspects antiseptique et bactéricide.

Sur l’action caustique ou corrosive de ce produit et d’autres sels d’argent, ci-dessous un paragraphe intéressant.

Je cite

Page 35,

Pour ce qui nous occupe, on voit donc que le Protargol est 10 fois moins irritant que le nitrate d’argent, et 20 fois moins que l’argentamine, quant à l’argonine, qui semble moins irritant encore que le Protargol, les essais que l’on a pu en faire en thérapeutique oculaire ne sont pas assez nombreux pour être concluants.

M. Darier, essayant le Protargol sur la conjonctive, constatait « qu’il n’a pour ainsi dire aucune action caustique ou corrosive ».

« Les solutions de ce sel … Appliquées sur les muqueuses, elles sont très peu irritantes; comme elles ne coagulent pas les albumines, pas plus qu’elles ne sont précipitées par le chlorure de sodium des liquides organiques, elles imprègnent et pénètrent les cellules épithéliales, portant jusque dans la profondeur des tissus l’action bactéricide des préparations argentiques. Le nitrate d’argent au contraire, appliqué sur la conjonctive, produit une destruction de l’épithélium en même temps qu’il est précipité de ses solutions, ce qui limite son action à la superficie des muqueuses. » Inutile de dépeindre les douleurs produites par les solutions fortes de nitrate d’argent;

Fin de citation

Dans ce paragraphe, nous apprenons deux choses, d’une part les sels d’argent sont caustiques et corrosives et d’autre part, l’étude italienne sur l’argyrie oculaire mentionnait également le même phénomène d’accumulation de composés d’argent au niveau  des cellules épithéliales.

Une remarque sur les propos tenus par mon pharmacien l’année dernière, lorsque je lui ai parlé de l’argent colloïdal. Je commence à comprendre sa réaction qui a été de me mettre en garde, les médecins et pharmaciens ne connaissent que les sels d’argent et l’histoire montre que les sels d’argent sont toxiques sur la durée. Malheureusement, nous n’avons pas assez de recul sur l’argent colloïdal comme pour les sels d’argent.

Dans cet article, j’ai voulu présenter le produit Protargol et dans un prochain article, je vais parler de son cousin Argyrol.


Les vues présentées sont les miennes et peuvent évoluer sans qu’il soit nécessaire de faire une mise à jour dans l’article même. Il se pourrait que j’apporte des rectifications ou évolutions dans l’avenir dans un autre article, si de nouveaux éléments viennent contredire mes propos. Les articles présentés ne constituent en rien une invitation à suivre aveuglement.

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