AC : Argyrie 6 : décoloration des yeux due à l'argent suite & fin

Dans cet article, je termine en traduisant la conclusion tirée de l’étude des scientifiques italiens sur le cas d’argyrie oculaire rencontré chez un patient, artisan dans la production d’articles en argent métal.

Je cite :

L’argyrie oculaire est causé principalement par l’application prolongée de préparations d’argent colloïdal sous forme de collyre (par exemple, Argyrol, Protargol), utilisé comme désinfectants. Puisque ces gouttes pour les yeux ne sont plus utilisées, l’argyrie oculaire est maintenant une maladie rare sauf lorsqu’il est essentiellement provoqué par une protection oculaire insuffisante en milieu professionnel. L’absorption systématique par les poumons d’argent a également été suggérée jouer un rôle. L’accumulation d’argent dans les tissus oculaires a été démontrée chez les graveurs, les polisseurs, les photographes, les soudeurs photochimistes, et chez les travailleurs industriels de production de composés contenant de l’argent. Chez les travailleurs exposés, il y a corrélation entre le montant des dépôts d’argent, et le degré de décoloration oculaire, celle-ci est en relation avec la durée de l’exposition.

Nous ne disposions d’aucune information sur la concentration, la taille et la forme d’argent dans l’environnement de travail de notre patient. Durant les années 1970, les polisseurs italiens d’argent travaillaient dans des conditions comparables et étaient exposés à 0,31 mg/cm3 de poussière de métal d’argent. Comme dans notre cas, leur excrétion urinaire en argent était la même que celle de la population générale, et ils présentaient des dépôts d’argent sur la conjonctive et/ou de la cornée, sans argyrie généralisé. Ce n’est pas surprenant puisque l’argent métallique et les composés insolubles d’argent ne sont pas facilement absorbés par l’organisme, et sont moins toxiques que les composés solubles d’argent. Ainsi, l’American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH) a établi des valeurs seuils séparément pour l’argent métallique (0,1 mg/m3) et l’argent soluble (0,01 mg/m3).

L’argyrie au travail implique généralement les deux yeux. Un cas exceptionnel a été décrit chez un technicien de laboratoire photographique, qui souffrait de larmoiement de l’œil droit. Cette personne avait l’habitude de s’essuyer les yeux avec la même pièce de tissu qu’il utilisait pour essuyer les solutions révélateur et fixateur.

Dans les deux cas d’argyrie iatrogène et professionnel, la conjonctive et la cornée sont les tissus oculaires les plus fréquemment touchés (comme indiqué ici), alors que les paupières, le cristallin, et le sac lacrymal sont rarement impliqués. Les dépôts d’argent conjonctivaux sont principalement formés dans le fornix inférieur et la caroncule lacrymale. Dans la partie inférieure des membranes muqueuses, la coloration profonde est due à du métal qui a été lavé par les larmes, jusque derrière le tarse de l’œil, où il peut être absorbé pendant une longue période de temps.

En outre, chez notre patient, une décoloration marquée était présente sur le côté de l’œil et autour de la cornée. L’examen histologique de la conjonctive à l’hématoxyline-éosine révéla des dépôts granulaires bruns ou noirâtres dans le tissu sous-muqueux, principalement le long des membranes basales endothéliales. L’épithélium n’a pas été affecté, et aucune réaction phlogistique était présente. Ces résultats sont en accord avec les rapports précédents. Des études ultrastructurales et histochimiques déjà effectuées par ailleurs, ont montré que les granules observés sont des précipités de sels d’argent.

l’argyrie ne progresse pas si l’exposition à l’argent métal est interrompue ou réduite de façon constante, mais la décoloration est permanente, et la thérapie de chélation qui consiste à éliminer les dépôts d’argent du corps, est inefficace. Dans les années 1930, une diminution de la pigmentation de la conjonctive avait été obtenue par des injections locales d’une solution de réduction du ferricyanure-thiosulfate, avec un effet approprié cosmétique. Plus récemment, l’enlèvement de l’argyrie de la cornée par laser YAG a été signalé. L’efficacité de ces techniques reste à être confirmée sur un plus grand nombre de patients.

En conclusion, ce cas met en évidence le danger de l ‘artisanat de l’argent métal sans protection adéquate des yeux, et indique que des argyries oculaires dans le milieu professionnel peuvent encore être observés aujourd’hui. Dans de tels cas, l’anamnèse professionnelle, l’examen ophtalmologique, une biomicroscopie confocale de la cornée, et l’histopathologie permettront le diagnostic exact, ce qui  à son tour, est important pour le travail lié à des questions médico-légales.

Fin de citation

Ce que l’on remarque encore, c’est qu’il suffit d’être exposé au métal d’argent sur une longue période de temps pour éventuellement subir une décoloration. Où alors, cette dernière peut également être constatée à l’aide de l’emploi de sels d’argent comme l’argyrol ou le protargol ou tout autre produit dérivé contenant de l’argent. Les deux produits utilisés au début du siècle dernier jusque dans les années 20 étaient des composés d’argent. Ils feront l’objet chacun d’un article.

=> AC : Argyrie 7 : Hypothèses émises sur l’action de l’argent pour engendrer l’argyrie chez une personne


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