AC : Argyrie 4

En épluchant les archives de la bibliothèque de France, je découvre qu’au dix neuvième siècle, les composés d’argent et notamment le nitrate d’argent était très en vogue. Au départ, l’efficacité de ce produit était observé par la plupart du corps médical, sans forcément que ses effets soient constatés, c’est à force de cas d’Argyrie rencontrés que la médecine a petit à petit mis de côté l’utilisation du nitrate d’argent et plus généralement des sels d’argent.

Au début du vingtième siècle, l’argent colloïdal sous forme chimique (appelé Collargol) et puis, sous forme électrique (appelé Electrargol) a remplacé les sels d’argent. C’est pour cela que la plupart des cas d’Argyrie que je rencontre datent de fin dix neuvième. A partir des premières années du vingtième siècle, les médecins auront compris les méfaits des sels d’argent à haute dose sur l’organisme.

Ci-dessous un autre exemple de cas d’Argyrie suite à des cautérisations.

Je cite :

Coloration bleue marquée principalement au voile du palais, au pharynx, à la face et à toute la partie supérieure du corps, et consécutive à des cautérisations pendant longtemps et fréquemment répétées du fond de la gorge avec le crayon de nitrate d’argent.

Guillem… Sophie, couturière, âgée de 46 ans, entre le 27 mai 1874 à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Claire n° 28, dans le service de M. le Dr. Duguet, pour des douleurs de têtes violentes, dont elle souffre, dit-elle, depuis plus de huit mois.

Voici ses antécédents :

Bien portante jusque-là, Sophie est entrée il y a seize ans environ à l’Hôpital Dieu, dans le service de Piedagnel, pour s’y faire guérir d’ulcérations qu’elle aurait alors présentées à la matrice. Elle y fut examinée au spéculum et cautérisée plusieurs fois ; son séjour se prolongea en raison d’un rhumatisme articulaire subaigu dont elle fut atteinte à l’hôpital, et dont on la débarrassa, paraît-il. Avec des douches… Sophie quitta l’hôpital, bien guérie, et, pendant les cinq ou six années qui suivirent, elle n’éprouva aucun accident.

Il y a neuf ans à peu près, Sophie commença à se plaindre de maux de gorge ; elle avait, dit-elle, le fond de la gorge rouge et les amygdales tuméfiées. Pendant deux ou trois ans elle ne s’en préoccupa nullement, et se contenta de faire usage de quelques gargarismes. Enfin, fatiguée de souffrir, malgré les soins dont elle s’entourait, elle prend le parti d’aller consulter un herboriste de Pantin qui cautérise, par habitude, tous les maux qu’on lui présente.

Cet herboriste lui persuade facilement qu’elle a des ulcérations au fond de la gorge, et qu’il faut les lui cautériser au crayon de nitrate d’argent. Sophie vient alors chaque semaine et même deux fois la semaine pour se faire cautériser ; chaque fois on lui badigeonne littéralement la gorge qui se charge d’un revêtement blanc, et la malade n’évite pas d’avaler tous les produits de ces cautérisations ; elle croit au contraire bien faire en ne laissant rien perdre. Une cinquantaine de cautérisations semblables sont pratiquées par l’herboriste dans l’espace d’un an.

Voyant que ces cautérisations commencent à lui devenir coûteuses et ne se trouvant pas entièrement guérie, Sophie pense qu’elle peut se cautériser elle-même. Elle achète à plusieurs reprises des crayons de nitrate d’argent, et, dans l’espace des deux à trois années qui suivirent, elle se cautérise environ une soixantaine de fois, en ayant soin de bien pratiquer avec le crayon un fort badigeonnage, sans rejeter aucunement les produits blanchâtres qui en résultent ; elle continue à les avaler.

Les douleurs de la gorge ont ainsi peu à peu disparu. Quand elle eut été traitée par l’herboriste pendant un an, son teint était déjà devenu légèrement bleuâtre, et, lorsqu’elle sortait, on le lui faisait remarquer ; mais, ne saisissant aucune relation entre le traitement qu’elle suivait et le changement survenu dans la coloration de son visage, Sophie continua ses cautérisations jusque dans ces dernières années.

Actuellement, voici les particularités qu’elle présente :

La face offre une coloration d’un bleu violacé qui rappelle celui de l’ardoise ; … Cette coloration, qui donne à la malade une physionomie étrange, s’étend, en perdant peu à peu de son intensité, sur le cou, sur le haut de la poitrine, et, insensiblement, en arrivant sur les avant-bras, sur la partie inférieure du tronc, et sur les cuisses, la peau paraît reprendre sa coloration habituelle. Cependant, malgré cette dégradation très-prononcée de la teinte bleuâtre à mesure qu’on s’éloigne de la face, il semble que toute la peau, jusqu’aux extrémités, soit légèrement modifiée dans sa teinte ordinaire.

En résumé, voilà une femme âgée de 46 ans qui, après un nombre considérable de cautérisations de la gorge à l’aide du nitrate d’argent, cautérisations pratiquées largement et durant plusieurs années, a vu son visage prendre une teinte bleue qui s’est étendue, en perdant de son intensité, à la presque totalité de la peau du corps. En même temps son palais et sa gorge ont pris une coloration bleuâtre encore plus foncée que celle de la face ; cette coloration semble avoir respecté les autres muqueuses ; et la lunule des ongles paraît à peu près intacte.

C’est là incontestablement le résultat d’une intoxication par un sel d’argent… Mais les renseignements qu’elle a fini par nous donner sont d’un grand prix, parce qu’ils nous permettent d’établir une relation certaine entre la coloration bleuâtre que nous observons et les cautérisations qui ont été pratiquées.

Pour qu’une telle coloration se soit manifestée, il faut, de toute nécessité, que le nitrate d’argent dont on s’est servi comme caustique ait été absorbée. Or ici, l’absorption a pu se faire, soit localement par la muqueuse cautérisée, soit par les voies digestives à l’aide des produits de la cautérisation imprégnés du sel d’argent et entraines jusque dans l’estomac, peut-être aussi par ces deux modes à la fois.

Dans ce texte tiré des archives de la bibliothèque de France, nous voyons de nouveau que l’utilisation du nitrate d’argent a engendré l’argyrie, et ce, suite à des cautérisations répétées. Cependant plus loin, ils émettent une supposition sur le fait que le simple fait des cautérisations sans avaler les sels d’argent produise l’argyrie. La teinte bleuâtre viendrait surtout après avoir avalé les sels d’argent suite aux cautérisations répétées. Pour cette dame, une soixantaine de cautérisation auront suffi pour que la couleur bleuâtre apparaisse au bout d’un an.

=> AC : Argyrie 5 : décoloration des yeux due à l’argent


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