AC : Essai sur l'emploi du collargol dans le traitement de la variole (1904), par Louis Cayla et les origines de l'argent colloïdal

Dans cet article, l’auteur apporte une précision sur les origines de l’argent colloïdal qui m’a parue intéressante à relever et la publier. Jusqu’ici, je dois avouer que je restais un petit peu sur ma faim, car je n’arrivais pas à trouver suffisamment de documentation parlant de ce produit, j’avoue avec la découverte de cette base documentaire, j’en suis plus que satisfait. Ci-dessous extrait tiré de « Essai sur l’emploi du collargol dans le traitement de la variole, par Louis Cayla* » à partir de la page 9.

Je cite :

Une épidémie de variole débutait à Nîmes au mois de février 1903, durant notre stage comme interne, dans le service des contagieux. Sous l’influence d’idées qui étaient à ce moment très répandues et que nous exposerons plus loin, tous les cas furent traités systématiquement par le collargol. Sous l’inspiration, et suivant les conseils de M. Lafon, médecin de l’Hôtel-Dieu, alors notre chef de service, nous étudiâmes l’action de ce nouveau médicament sur cette maladie.

Notre stage étant terminé, les internes qui se succédèrent dans le service jusqu’au mois de janvier 1904 voulurent bien continuer à prendre les observations de variole et contribuer ainsi, pour leur part, à l’étude de ce médicament.

Il y eut vers la fin de l’année 1902, et pendant les premiers mois de 1903, sous l’influence de la publication de résultats encourageants obtenus grâce au collargol, un véritable engouement pour ce nouveau médicament. Les résultats publiés étaient merveilleux Ils présentaient tous ce caractère particulier très important que, toutes les maladies traitées avec bonheur par le collargol étaient des infections localisées sur des organes divers.

C’étaient des pneumonies, des endocardites infectieuses, des fièvres typhoïdes, des méningites cérébro-spinales, des diphtérie. Netter s’était fait, en France, le défenseur et le propagateur de ce précieux médicament. En présence de ces résultats, on pouvait se demander, avec juste raison, si les observateurs étaient de bonne foi, ou si la thérapeutique venait de s’enrichir d’un médicament spécifique des états infectieux.

Le premier point ne pouvait être mis en doute. L’autorité des médecins qui avaient observé les cas, leur réputation scientifique, faisaient un devoir, tout au moins de contrôler leurs affirmations, mais non de les rejeter sans examen préalable. Pour ce qui était du profit apporté par ce nouveau corps, la clinique seule pouvait décider. Elle en fit l’étude  et l’on éprouva un véritable désenchantement.

Le collargol échouait entre les mêmes mains, dans des cas en apparence identiques à d’autres, dans lesquels il avait donné d’excellents résultats. Il aurait peut-être fallu attribuer beaucoup de ces mécomptes au manuel opératoire qui n’avait pas toujours été rigoureusement suivi, ou aux préparations altérées par le grand air ou leur ancienneté. Toujours est-il que bon nombre de médecins, devant ces insuccès nièrent toute action au collargol, et ce médicament, la veille porté aux nues, était le lendemain, condamné à l’oubli.

Nous n’avions, à ce moment-là, que peu de renseignements sur le collargol. On n’enregistrait encore que les victoires du nouveau médicament et tous les travaux qui, dans la suite, vinrent démontrer l’inefficacité do ce composé dans des
maladies où il avait fait merveille au début ne nous étaient pas connus.

Il est donc intéressant de dire les raisons qui nous firent, dès le mois de février 1903, employer le collargol dans le traitement de la variole. Le collargol était, nous le savions, un état allotropique de l’argent métallique, de l’argent colloïdal, directement assimilable par l’organisme.

Ce composé avait été découvert par un Américain, M. Carey-Léa, et importé en Europe par Crédé, qui en avait étudié les diverses propriétés.

Au mois d’avril 1903, parut à Montpellier la thèse de M. le docteur Blanc : Contribution à l’étude du collargol. Dans ce travail, M. Blanc résumait tout ce qui avait été dit sur le collargol, rapportait les diverses observations des médecins français ou étrangers et concluait que, contrairement aux affirmations de ces différents auteurs et par suite de l’étude d’autres cas qui avaient été soumis a sa critique, le collargol avait, dans la majorité des cas, exercé une action bien effacée.

Cette thèse, qui paraissait en avril el renfermait plusieurs de nos observations sur des cas de variole, ne nous parut pas cependant concluante, au moins pour ce qui regardait nos observations, et nous résolûmes de continuer, comme par le passé, à soigner nos varioleux par le Collargol.

Nous étions, en effet, poussé vers l’emploi de ce traitement par des motifs qui nous paraissaient raisonnables. Nous savions que le collargol était un composé organique de l’argent et connaissions les pouvoirs antiseptiques ou tout au moins empêchants de ce métal.

Nous nous servîmes donc du collargol dans le traitement de la variole, par suite de l’idée que ce médicament pourrait combattre ou tout au moins prévenir dans une certaine mesure les accidents septicémiques de la période de suppuration. Nous allions employer ce médicament, non, comme un agent destiné a combattre une infection  déterminée, mais plutôt comme un moyen prophylactique destiné, à empêcher des accidents que nous savions devoir fatalement survenir.

L’épidémie de variole, qui commençait à Nimes vers la fin de février, venait du dehors. Malgré toutes les recherches auxquelles nous nous livrâmes auprès de nos malades, il nous fut impossible de découvrir son origine véritable. Les premiers malades atteints dirent qu’ils avaient fait un voyage pour leurs affaires peu de jours auparavant, mais les endroits qu’ils désignaient, étaient souvent diamétralement opposés. Le fléau atteignit surtout les femmes et les enfants.

Du mois de février 1903 au mois de janvier 1901, il y eut 239 varioleux soignés à Hôtel-Dieu. Puis la variole alla en décroissant, mais au mois d’avril, on compte encore quelques cas, soit à l’hôpital, soit dans la clientèle privée.

Fin de citation

Dans le chapitre deux du document, l’auteur expose plusieurs cas atteint de variole, vous pouvez consulter les consulter si cela vous intéresse, en fin, dans le chapitre trois, l’auteur tire des conclusions, voir ci-après :

Je cite :

Nous allons maintenant examiner l’action exercée par le collargol sur les différents cas exposés dans les observations précédentes. Il nous parait que la meilleure manière, lorsque l’on veut se rendre compte de l’action exercée par un médicament sur une maladie déterminée, est de prendre un cas schématique de cette maladie et de mettre en parallèle les cas traités par le nouveau médicament.

Fin de citation

Et enfin leurs conclusions, voir ci-dessous :

Je cite :

1° Lorsqu’une variole est parvenue à la période d’éruption, l’emploi du collargol fait dessécher et résorber sur place les  pustules, sans qu’elles se rompent;

2° Le collargol agit contre la fièvre de suppuration;

3° Le collargol paraît exercer une heureuse influence sur les cicatrices;

4° Le collargol nous semble devoir être conservé dans le traitement de la variole, tant à cause des résultats encourageants que nous en avons obtenus que de son innocuité et de la simplicité de son administration.

Fin de citation.

En fait, plus que pour la variole, ce qui est intéressant dans cet article, c’est tout d’abord, l’exposé suffisamment objectif de l’étude qui montre que le collargol n’est pas le médicament magique (voir en détail l’étude pour plus ample informations) et donc, son effet est inefficace dans certains stades de la variole. Secundo, qu’il faut peu pour que le produit final appelé collargol en soit hélas dépourvu de son effet bactéricide, certainement du aux méthodes de fabrications et à aux colloïdes organiques pour stabiliser la solution qui contient des colloïdes d’argent. Tertio, j’ai enfin trouvé ce que je cherchais depuis longtemps, c’est à dire M. Carey Léa, qui est à l’origine de l’argent colloïdal. Certainement, dans l’avenir, ce monsieur mériterait un article.

*Titre : Essai sur l’emploi du collargol dans le traitement de la variole, par Louis Cayla,…
Auteur : Cayla, Louis (Dr)
Éditeur : impr. de Delord-Boehm et Martial (Montpellier)
Date d’édition : 1904
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : In-8° , 85 p.
Format : application/pdf
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k57059930
Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 8-TE50-65
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30209571s
Provenance : bnf.fr


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