AC : La baguette en argent (The Body Electric) N° 2

Cet article est le second volet d’une série à venir sur le chapitre 8 du livre The Body Electric, ce chapitre s’intitule La baguette en argent, dans le premier volet j’ai introduit de façon très succinct Dr. Becker et dans celui ci, j’aborde l’histoire de Jim un de ses patients qui débarque dans son hôpital à Syracus.

Ce n’est qu’en 1972 que je me sentais prêt à essayer la stimulation électrique de la croissance osseuse chez l’homme. Zachary B. (Burt) Friedenberg, Carl Brigthon, et leur groupe de recherche à l’Université de Pennsylvanie avaient déjà signalé le premier succès de guérison d’un cas de pseudarthrose avec la méthode électrique deux ans avant.

Afin d’éviter d’éventuels effets secondaires et d’après nos travaux de recherche sur la régénération  d’une patte chez le rat, nous sentions que nous devions reproduire un signal (électrique) plus proche  de celui que l’on trouve dans la nature que ce qu’ils avaient produit.

Comme Friedenberg nous avons décidé de placer une électrode négative entre les morceaux d’os, mais en utilisant un courant beaucoup plus petit et une électrode d’argent plutôt que l’acier inoxydable. Nous avons pensé que l’argent serait moins susceptible à des réactions chimiques avec les tissus et mieux à même de transmettre le courant électrique. A cette époque, nous soignions un patient dont l’état semblait suffisamment préoccupant pour essayer la nouvelle procédure.

Jim était en mauvais état. Enrôlé lors de la guerre du Vietnam, il avait été réticent et un soldat rebelle. Il a survécu à la guerre et avait été transféré dans une base de l’armée au Kansas à la fin de 1970. Le soir du réveillon du nouvel an, il brisa les deux jambes dans un accident d’automobile. L’hôpital local lui mit des épingles ou broches percées à travers la peau et les os pour maintenir les pièces ensemble. Quand il fut transféré à l’hôpital de la base quelques jours plus tard, toutes les broches furent retirées en raison d’une infection.

Le médecin de Jim ne pouvait pas opérer à cause des bactéries, ils ont dû se contenter de le plâtrer. Parce qu’il avait cassé une jambe au-dessus du genou et une autre en-dessous du genou, il lui fallait un plâtre énorme appelé DHS. Il était resté entièrement recouvert de plâtre, de ses pieds jusqu’au milieu de sa poitrine, pendant six mois. En août, sa jambe gauche avait guéri, mais aucun progrès pouvait être constaté concernant le fémur droit. Les trous de quelques centimètres, que la pause des broches avaient engendré, étaient tout purulents, ce qui empêchait une intervention chirurgicale. Au mois de septembre de cette année, il a reçu une décharge médicale et transféré à l’hôpital de Syracuse VA.

Lorsque je l’ai vu pour la première fois, il était encore dans un plâtre énorme et imposant, bien que maintenant sa jambe gauche était guérie et donc libre, les deux morceaux du fémur droit étaient sans aucune adhérence. Il n’y avait rien dans la pratique courante à faire si ce n’est de laisser le plâtre et d’espérer. Six mois plus tard, l’espoir de Jim avait été entamé et quasiment disparu. Pour une année entière il était resté couché dans un lit sans quitter l’hôpital, même pour une brève visite. il exhala sa colère contre le personnel, puis le découragement l’envahit incapable de faire face à un avenir sans sa jambe droite.

Puis Sal Barranco, un jeune chirurgien orthopédiste dans sa dernière année d’internat fut affecté à mon service de l’école de médecine. Il avait déjà travaillé deux ans avant brièvement avec moi, un bon médecin, intelligent, travailleur et très intéressé par les patients. Il prit soin de Jim et passa de nombreuses heures à parler avec lui, il le conseillait. Rien ne semblait l’aider. Jim se refermait  de plus en plus sur lui et s’éloignait de nous.

Sal fut toujours intéressé par ce qui se passait dans le laboratoire. En fait, j’ai souvent essayé de l’intéresser  dans  une carrière d’enseignant et de chercheur, mais il a préféré la chirurgie et trouver sa récompense dans le fait d’aider les gens directement. En Février 1972, comme nous approchions de la phase clinique avec notre stimulateur pour les os, Sal me dit: «Vous savez, Dr Becker, vous devriez vraiment envisager de stimuler électriquement les fractures de Jim. Je ne vois pas d’autre solution. C’est sa dernière chance.

Le problème que j’avais à ce moment ci, c’était qu’aucun des patients que Friedenberg avait traité n’avait d’infection dans les os. Bien que les broches septiques de Jim n’étaient pas tout à fait à l’endroit de la fracture elles étaient placées suffisamment près pour plus de confort. Si en opérant pour introduire mes électrodes dans la fracture j’agitais les bactéries alors, la partie serait perdue. En outre, il est évident maintenant que l’électricité était le stimulus le plus important de croissance de cellules (voir note personnelle en bas de page). Même si elle pouvait guérir, nul ne pouvait être sûr de ce que ces cellules feraient à l’avenir. Elles pourraient devenir hypersensibles à d’autres stimuli et commencer à se développer de manière incontrôlée plus tard. C’était la première fois dans l’histoire de la médecine que nous pourrions commencer au moins un type de croissance volontaire. J’avais peur de commencer un programme clinique qui pourrait saisir le public d’extase et appliquer sur une grande échelle avant que nous en sachions assez sur la technique. Si des effets secondaires désastreux se manifestaient plus tard, nous pourrions perdre l’élan vers une avancée révolutionnaire en médecine. J’ai décidé que si j’expliquais bien ce que nous allions faire, avec toutes les incertitudes, et de laisser le patient choisir, cela serait sur le plan éthique bien.

Quant à l’infection, pendant plusieurs années nous avions été à la recherche d’un moyen d’arrêter la croissance. Mes expériences avec Bassett sur les chiens en 1964 avaient suggéré que, tout comme nous avons pu obtenir une croissance grâce à  une électricité négative, ainsi on pourrait la désactiver avec un courant positif. Si ceci s’avérait vrai, cela pouvait évidemment être d’une grande importance dans le traitement contre le cancer. Puisque notre programme de recherche était destiné à une utilisation immédiate de nos résultats, nous ne pouvions pas s’évertuer à en faire au delà de ce pour quoi nous avions obtenu comme subventions, les équipements électroniques pour permettre de faire des tests sur les cellules cancéreuses coûtaient chers, nous nous sommes donc contentés à explorer le domaine des bactéries.

Dans le prochain volet, je vais aborder la suite de l’histoire de la jambe droite de Jim …

Note personnelle : Le Dr. Becker vient de démontrer pendant les 7 premiers chapitres, entre autres que certaines cellules osseuses (chez le rat, le lapin) soumises à un courant électrique constant et négatif d’une intensité très faible peuvent redevenir des cellules souches pour se  différencier en plusieurs types de cellules nécessaire pour fabriquer un os pourri par exemple, dans le cas de Jim, non seulement  il y avait une infection due aux bactéries, mais l’os pourrissait, ce qui rendait la tâche compliquée, or à l’époque, il n’était pas envisageable que des cellules spécifiques osseuses sous l’impulsion électrique deviennent des cellules souches pour ensuite se différencier et ainsi refabriquer du tissus osseux telle une usine de fabrication de tissus osseux pour d’une part éviter que l’os pourrisse davantage, mais également calfeutrer afin d’obtenir un os d’un seul tenant. Ce qui était révolutionnaire n’était pas tant que l’argent était bactéricide mais qu’il existe un état électrique spécifique et des cellules spécifiques qui ont la capacité sous l’impulsion électrique de devenir des cellules souches pour redevenir toute sorte de cellule de types variés afin de donner naissance à une régénération.

=> AC : La baguette en argent (The Body Electric) N° 3


Les vues présentées sont les miennes et peuvent évoluer sans qu’il soit nécessaire de faire une mise à jour dans l’article même. Il se pourrait que j’apporte des rectifications ou évolutions dans l’avenir dans un autre article, si de nouveaux éléments viennent contredire mes propos. Les articles présentés ne constituent en rien une invitation à suivre aveuglement.

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